interview de Colin Vincent de Volin et iAROSS

Propos recueillis par musisphere.com le 22/03/2017.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de musisphere.com.









Colin Vincent - DR

Le groupe montpelliérain Volin publie le 31 mars prochain son premier album, intitulé « Volcan ». Séduits par la poésie un peu surréaliste de ce projet rock, nous avons été à la rencontre de son leader, Colin Vincent afin d’en savoir un peu plus. L’occasion, également, d’évoquer le sortie concomitante du troisième album du groupe iAROSS (« Le cris des fourmis »), dans lequel Colin joue également.

Avant de parler plus précisément de Volin, peux-tu me raconter dans les grandes lignes ton parcours et celui de tes acolytes, Romain & Maxime.

Déjà, avant de monter Volin, il faut savoir que nous avons eu un autre projet avec Maxime, le batteur, et mon frère, qui est l’ingénieur du son de Volin aujourd’hui et qui a mixé et enregistré cet album, ainsi que celui de iAROSS. C’était il y a une dizaine d’années. Mon frère avait rencontré Max à la fac… je suis un peu plus jeune qu’eux, j’étais encore au lycée à cette époque. Je composais des morceaux sur mon ordi, mon frère les a fait écouter à Max et de fil en aiguille on a monté ce groupe. Ce projet a existé pendant trois ans. C’est après que j’ai créé Volin. Un premier Ep, sous le nom de Volin Quartet, puisque nous étions quatre au début, est paru. Et tout a débuté ainsi.

Quelles étaient tes envies quand tu as créé Volin ? Vers quoi voulais-tu tendre ?

Je voulais tendre vers un chant en français. Nous chantions en anglais avec ce précédent groupe, et j’ai eu comme une espèce de… révélation. Je ne sais pas si on peut véritablement parler de révélation, mais disons que j’ai eu une prise de conscience. Je me suis dit que ce serait bien de tenter le coup d’intégrer la langue française à la musique plutôt d’influence anglo-saxonne qu’on développe avec Volin, sans tomber dans la chanson française pure et dure. J’étais convaincu en tout cas, et je le suis aujourd’hui encore, qu’il y a quelque chose à faire en français sur ce type de musique. C’était ça l’idée de départ.

Volin - DR

Dans les débuts du groupe, vous avez d’ailleurs fait un hommage à Bashung. On sait ce qu’il a apporté à la chanson française en général, mais toi, en particulier, que t’a-t-il apporté ?

C’est son univers littéraire qui m’a beaucoup parlé. Pour être très honnête, j’ai découvert Bashung sur le tard, et plus précisément quand on a travaillé sur cet hommage. Je connaissais bien entendu quelques chansons de Bashung, un peu comme tout le monde, mais je ne connaissais pas véritablement son œuvre. La curiosité m’a amené à écouter tous ses albums. Très sincèrement, je n’aime pas tout de Bashung. « La nuit je mens », par exemple, je trouve que c’est un beau morceau, mais je ne suis pas fan de l’orchestration très pop et en fin de compte très variété. Après, j’ai adoré des albums comme « L’imprudence », plus conceptuel, avec des titres plus longs, moins tubesques. « Fantaisie militaire » aussi, c’est un super album à mon sens. Mais pour en revenir à ta question initiale, ce que m’a apporté Bashung, c’est sa manière d’intégrer le français et d’utiliser les mots. Il y a une poésie inouïe dans son répertoire. C’est en tout cas une poésie qui m’a beaucoup inspirée pour Volin. Il m’a aussi conforté dans l’idée qu’on pouvait faire primer le son sur le sens parfois parce que ça reste de la musique et que c’est plus important d’avoir un mot qui colle à la musique au moment où il est dit que d’écrire une phrase qui a un sens très précis. Quand je parle de sens, je pense à quelque chose de compréhensible, de réaliste. C’est cette idée qui m’a beaucoup plu parce que j’ai toujours écouté la musique comme ça, pour les sensations plutôt que pour le sens des textes. Plus pour m’échapper du réel que d’y trouver une forme de réalisme. J’ai écouté beaucoup de musique anglophone, donc le plus souvent, le texte passait à la trappe. C’est comme ça que je considère le chant. C’est de la musique et du son avant les mots. J’aime quand un morceau dégage de l’émotion. Donc, c’est cette forme d’écriture assez imagée qui m’a beaucoup parlé chez Bashung.

Volin - DRµ

Tu as employé un terme tout à l’heure assez lourd de sens. Tu m’as dit que tu avais eu une « prise de conscience » à propos du français. C’est difficile d’écrire en français ? On touche forcément à des émotions plus directes, plus précises…

Volin, Volcan, premier albumOuais… (sourire) C’est assez difficile, c’est en tout cas mon ressenti. Après, d’autres te diront l’inverse, il n’y a pas de règle. Il y en a qui sont vachement plus à l’aise que moi avec ça, c’est certain. En tout cas, ce qui est le plus difficile à mon sens, c’est de porter l’héritage culturel de la chanson française sur ses épaules. Quand tu penses à des chanteurs comme Brassens, Brel ou Ferré… c’est dur de passer derrière quand même ! (rires) Ce sont des bonshommes qui avaient un tel charisme et un tel talent ! Et on a tendance à assimiler le chanteur français à quelqu’un qui doit avoir du vécu, de l’épaisseur… comme s’il devait avoir cinquante ou soixante ans pour être légitime. Nous, on est bien mignons, on a vingt ans, on se dit que personne ne va nous prendre au sérieux ! (sourire) Mais pourquoi, finalement ? Là, le français revient ces dernières années avec des groupes comme Feu ! Chatterton qui ont ouvert la voie. Ils assument le français. Ils sont dans la même démarche que nous, finalement. Il faut que les jeunes groupes aillent vers une écriture décomplexée. Il faut se dire que ce n’est pas grave non plus si les textes ne sont pas du niveau littéraire de certains de nos aînés. Et je ne parle pas que des auteurs de chansons… on a tout un background littéraire qui pèse dans la balance aussi ! Je ne dis pas qu’il faut détruire les icônes, mais qu’il faut se lancer.

Quand avez-vous posé les premières pierres de ce premier album, « Volcan » ?

On a sorti un premier EP en 2013. Le groupe avait deux ans d’existence. « Volcan » a donc mis quelques temps pour se faire. On a avait envie de faire les choses bien, comme on dit ! (sourire) Avoir un album cohérent. Du coup, il y a eu beaucoup de déchets. Ça a mis au final à peu près deux ans pour le finaliser cet album.

Vous l’avez enregistré dans plusieurs endroits. Était-ce un choix délibéré, pour une question d’ambiance ou de son ou est-ce que ça s’est plutôt fait par la force des choses ?

Un peu des deux, en fait. On a pas mal enregistré avec mon frère dans la maison familiale. C’est d’ailleurs là qu’on a mixé le disque. On a enregistré aussi dans plusieurs autres studios de Montpellier et des alentours. Très honnêtement, ça s’est fait un peu comme ça au fil du temps, mais nous avons tout de même choisi les studios en fonction des titres. On est des mordus de son, donc, on essaye de laisser le moins de trucs au hasard. Après, il faut être réaliste, on fait aussi avec les contraintes financières, qui ne sont pas négligeables. Pour certains morceaux, on aurait, par exemple, aimé enregistrer notamment les batteries dans des pièces beaucoup plus grandes, pour avoir une réverbe et une acoustique un peu majestueuses, à l’image de ce qu’on pourrait avoir dans une chapelle ou ce genre d’endroit. Mais il existe très peu de studio qui proposent de grands volumes comme ça, ou alors, ils sont très chers. Donc, oui, il y a eu des contraintes budgétaires, mais on a tout de même essayé de réfléchir où nous allions enregistrer en fonction de l’atmosphère des morceaux. Après, il y a aussi une autre contrainte, c’est le temps. Le processus s’est étalé sur deux ans, grosso modo, donc, on a enregistré quand le timing était bon pour les morceaux. On n’est pas allé en studio une seule fois avec tous les morceaux, on a préféré morceler l’enregistrement et y aller par épisodes.

Volin - DR

Je n’aime jamais trop rentrer dans l’explication de texte, qui n’aurait dans le cas de Volin pas grand intérêt, la poésie de l’album étant somme toute assez surréaliste, mais y a-t-il selon toi un fil rouge qui traverse ce disque ?

Quand on me demande d’expliquer mes textes, je raconte toujours un peu la même chose… mais sous une forme différente ! (rires) J’ai envie de dire que le fil rouge de ce disque, c’est le rapport à la vitesse, à l’environnement stressant dans lequel nous vivons et qui nous contraint à passer à côté de nous-mêmes, qui nous force à nous adapter. Ce qui finit par nous obliger à nous oublier dans une forme d’agitation ordinaire d’une certaine manière. L’idée de cet album, c’est de se dire « si on fait un pas de côté, que se passe-t-il ? Est-ce qu’on se sentira mieux ? Ou pas ? Est-ce nécessaire ? Ou pas ? », c’est essayer de prendre de la distance avec ces choses qui nous semblent immuables et fatales, pour voir ce qui se passe si on sort de cette urgence et cette agitation qui nous tiennent debout. Est-ce qui si on s’arrête tout s’écroule ?... Peut-être passons-nous à côté de plein de choses.

Un mot sur le titre du disque, « Volcan ». C’est le titre d’une chanson importante, certes, mais c’est un mot lourd de sens également…

On a été séduits dans un premier temps par le mot, court, bref et précis. Aussi par sa consonance avec Volin, Vol/Vol. Et puis, on trouvait que ça représentait bien l’atmosphère de l’album. C’est un mot fort, finalement. Et comme tu le dis, « Volcan » est un titre important dans ce disque, je dirais même qu’il en est la pièce centrale.

Un clip a été tourné en support de « Volcan », ou plutôt devrais-je dire un court-métrage.

C’est une équipe de copains qui ont fait ça. Ils avaient déjà réalisé le premier clip de Volin sur le titre « Et l’on rêve », un enchainement de photos. Le titre « Volcan » les a inspirés, et connaissant leur travail, on leur a laissé carte blanche. Du coup, on n’a pas été trop présents sur le scenario, un peu plus au montage. En tout cas, c’est un clip qui nous a beaucoup plu.

Un mot sur cette aquarelle en visuel.

C’est Axel Garrigues qui en est à l’origine. C’est une fille avec qui on a tourné des vidéos live un peu conceptuelles qu’on va sortir prochainement. Elle est décoratrice, illustratrice… elle touche un peu à tout. Elle nous avait montré plein d’idées de visuels et nous étions tombés sur ce visuel, qui n’a pas du tout été fait en pensant à nous trois. On a trouvé des ressemblances entre ces trois portraits et nous trois. Les expressions des visages nous parlaient bien. Donc, on a choisi ce visuel.

Volin - DR

Quelle importance accordes-tu, en tant que musicien, au visuel sur le projet Volin ?

On fait une musique dans laquelle on évoque souvent des images et des couleurs. Donc, l’image est présente, forcément. On ne dessine aucun des trois, on ne prend pas forcément beaucoup de photos non plus… donc, c’est un univers qu’on ne maîtrise pas forcément. Mais c’est quelque chose d’important à nos yeux. On essaye en tout cas de proposer un visuel cohérent avec notre musique. Après, de nos jours l’image est de plus en plus présente et nous ne sommes pas du genre à proposer un clip tous les mois. On est des musiciens avant tout. Le rythme actuel devrait nous imposer de faire plus de clips, de poster plus de photos, mais nous essayons de rester focalisés sur le principal à nos yeux : la musique.

Vous faites actuellement les premières parties de Matmatah. Comment ça se passe ?

On a fait la première à Clermont-Ferrand la semaine dernière. C’était cool, même si le public de Matmatah n’est pas forcément le même que le nôtre. Après, les gens attendent le retour de Matmatah depuis combien d’années ? Les dates ont été sold-out en quelques jours… donc, les gens sont impatients de revoir le groupe, et pas de nous voir nous, forcément ! (rires) Mais on s’y attendait un peu…

Que représente la sortie de ce premier album de Volin à tes yeux ?

L’idée de sortir un premier album était très importante pour nous. On a une démarche un peu old-school, donc, on écoute encore des albums en entier. On aime l’idée de raconter une histoire en musique. C’est un concept qui nous parle beaucoup. Donc, oui, sortit un album, ça concrétisait quelque chose à nos yeux. Et puis, ça fixe aussi quelque chose de plus exigent qu’un EP. C’est une photo plus complète de ce qu’est Volin que quelques titres sur un EP. Et puis, ça nous permet aussi de prendre du recul par rapport où on en est. Je vais même aller plus loin en te disant que ce premier album nous permet d’une certaine manière de mieux définir ce qu’on veut et où on veut aller avec Volin. C’est la première fois qu’on fait de la promo aussi, qu’on a un label qui nous épaule, un éditeur, un attaché de presse… Avec cet album, le projet Volin prend une direction nouvelle.

iAROSS, Le cri des fourmisLe fait que l’album de Volin sorte le même jour que celui d’iAROSS, que tu sois dans les deux projets, ce n’est pas un peu compliqué à gérer ?

Si ! Et même beaucoup. Mais on fait avec ! (rires) Et surtout au niveau des dates de concerts. Un coup, c’est une date de iAROSS, un coup c’est une date de Volin… C’est un peu chaud. Il n’y a aucun temps mort. À la base, ça ne devait pas se passer comme ça, l’album de Volin devait sortir l’année dernière, mais comme toujours il a pris du retard et il a fini par se juxtaposer à celui d’iAROSS. Du coup, c’est un peu lourd à gérer, mais je gère ! (sourire)

Qu’est-ce qui a été le terreau de ce nouvel album d’iAROSS, « Le cri des fourmis » ?

Avec iAROSS, on essaye de continuer sur notre lancée, c’est tout de même le troisième album que nous sortons. On est avec « Le cris des fourmis » sur quelque chose de plus acoustique que le précédent. On a essayé d’aller sur quelque chose de plus épuré, plus aéré. Il y a un violoncelle et du chant, du coup, on a souvent eu envie d’aller vers de l’électro et ce genre de choses. Mais pour ce disque, on a eu envie de se recentrer autour de l’instrument, le violoncelle. De s’adapter à l’intimité qu’il suggère.

Quand on regarde le tracklisting des albums de Volin et d’iAROSS, beaucoup de titres sortent du cadre des 3 minutes. Était-ce une volonté de votre part de vous affranchir du format radio ?

On l’a fait comme ça. On ne l’a pas cherché. C’est notre façon de faire de la musique. Après, parfois il faut couper pour faire des radio edit. Disons que ce n’était pas une envie consciente d’échapper au format traditionnel. Si on arrivait à raconter en trois minutes ce qu’on raconte en cinq, pourquoi pas ? Ça ne me dérangerait pas. Je ne suis pas anti-format pop, d’ailleurs j’adore la pop. Mais c’est agréable de pouvoir s’étendre sur un morceau.

Le propos d’iAROSS est plus frontal, plus sociétal que celui de Volin.

C’est vrai, Nico est plus sensible aux sujets de société. Moi, je vais plus avoir tendance à parler d’histoires plus intimes.

Propos recueillis par Luc Dehon le 22 mars 2017.
Photos : DR

Liens utiles :
Facebook :
https://www.facebook.com/volinmusique









+ d'interviews
inscris toi à la newsletter
vidéos




Concours

retrouve-nous sur facebook
retrouve-nous sur twitter
 
Retour en haut